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Musique


Orgue

Brève histoire du "pape des instruments".


Les instruments à clavier ont tous eu pour origine la volonté de démultiplier la puissance de jeu d'un instrument plus basique (soit pour jouer plus fort, soit pour pouvoir jouer plus de notes à la fois, ou les deux).

Ainsi, l'orgue, par son fonctionnement, est apparenté aux instruments à vents (flûtes, instruments à anches). Il fut inventé, dit-on, par Ctésibios, en Grèce, au IIIè siècle avant notre ère. Ctésibios inventa aussi la clepsydre (sorte d'horloge hydraulique). Le mot " orgue " vient du grec organon , qui signifie instrument. Ctésibios imagina d'envoyer de l'air sous pression dans des tuyaux taillés comme des flûtes, et dressés sur des planches de bois garnies de trous. Chaque tuyau ne jouait qu'une seule note. Le système de fonctionnement était hydraulique (il utilisait l'eau pour envoyer de l'air sous pression dans les tuyaux). L'instrument ainsi inventé démultipliait la force de jeu de la flûte de pan, en permettant à l'instrumentiste de jouer plus de notes à chaque fois, et en donnant plus de puissance sonore. L'orgue servit tout d'abord à accompagner l'action dans les théâtres grecs, puis à couvrir les râles des mourants dans les arènes romaines, lors des combats de gladiateurs ou des mises à morts des condamnés. Il fut longtemps banni des assemblées des chrétiens, pour avoir assisté au martyre de nombre des adeptes de la nouvelle religion. Cependant, vers l'an mille, l'orgue, qui était connu principalement dans l'ancien monde grec et romain, essaima dans tout l'Occident, et entra dans les églises où il accompagna le chant des psaumes. Les orgues les plus anciens que l'on ait conservés datent du Moyen Age. A la Renaissance et à la période baroque, l'orgue pouvait également servir pour le continuo (c'est ainsi que l'on appelle l'ensemble basse de viole ou violoncelle et clavecin ou orgue ou guitare, qui servait à accompagner les œuvres instrumentales ou vocales : voir l'article sur le clavecin), en particulier pour les œuvres religieuses.

Les orgues différaient assez peu d'un pays à l'autre en Europe. Cependant, les orgues français de la période classique (XVIIè siècle) étaient souvent dotés d'un pédalier (le clavier pour les pieds, car un bon organiste doit savoir jouer des mains...et des pieds !) limité à une octave, alors que les orgues allemands disposaient d'un pédalier de deux octaves au minimum, qui permettaient à l'organiste de jouer une partie de basse plus élaborée. On disait de Jean Sébastien Bach qu'il était plus habile à jouer de l'orgue avec ses pieds, que certains avec leurs mains.

Il fallait alors qu'un souffleur actionne les soufflets, qui sont les poumons de l'orgue. Il y avait des souffleurs dans toutes les paroisses qui disposaient d'un grand orgue. Parfois, il signaient de leur nom les portes des buffets des orgues (" Souvenez-vous de Jean L., bon souffleur, 1926 ", ai-je lu un jour sur l'intérieur d'une des portes du buffet de l'orgue, dans l'église de mon village natal.) Actionner les soufflets d'un orgue d'une dizaine de jeux demandait de la force et de la régularité dans l'effort, pour que le jeu de l'orgue ne présente pas d'à-coups, et que la pression soit constante d'un bout à l'autre du morceau exécuté par l'organiste. Au tournant du XXè siècle, les moteurs électriques firent peu à peu disparaître les souffleurs, et l'organiste se retrouva seul avec son instrument. Cependant, les manettes et les pédales qui actionnaient les soufflets ont parfois été conservées, bien qu'elles soient souvent hors d'usage.

Il existe trois familles de jeux d'orgues, ou registres : les anches (qui imitent les instruments à anches et les trompettes), les jeux de fonds (ainsi appelés car ils sont la base de l'instruments), et les mixtures, qui sonnent à la tierce, à la quarte ou à la quinte de la note réellement jouée par l'organiste. Ces jeux enrichissent le son en tentant de rendre perceptible les harmoniques. La registration désigne l'ensemble des jeux que l'on choisit en fonction du morceau que l'on veut interpréter. L'organiste actionne les tirants de registre : le plus souvent, ceux-ci se présentent sous la forme de manettes qui se trouvent devant lui, sur la console. Certains instruments sont associés à un véritable ordinateur, que l'organiste doit programmer : c'est intéressant en particulier lorsque l'on joue des pièces qui demandent de fréquents changements de registration. Cela existe sur des orgues importants en taille, comme celui de Notre-Dame, à Paris.

L'orgue est surtout associé dans les esprits à la musique religieuse. Cependant, aujourd'hui comme autrefois, il existe des pièces profanes pour orgue. La musique pour orgue contemporaine se distingue par de grandes recherches au niveau des sonorités et de l'harmonie, même si son abstraction en fait parfois une musique assez difficile à aborder.

 
 
~carroll ex nihilo~
Publié le : 28/07/2006